Chercher la Route, souvent, est un Voyage Solitaire.

François AugiérasV- LE THEATRE D’OMBRES

La destinée de François Augiéras est complexe. Les Normes l’ont tissée avec une certaine cruauté, en enchevêtrant les fils de sa Trame. Personnage paradoxal, il était pétri de contradictions, comme tout être brûlant du Désir d’être Porteur de Lumière : avancer dans les ténèbres, en tenant un flambeau amène à trébucher.

Chercher la Route, souvent, est un Voyage Solitaire.

Le Quêteur avance, silencieux dans la nuit ténébreuse, au cœur des marais noyés de brumes, vers l’Enigme : elle recule à son approche, se dérobe à ses mains, l’entraîne parfois dans des sables mouvants. Si nulle aide ne vient à son secours, si nul Guide ne vient diriger ses pas, si nul Nautonier ne propose sa barque pour franchir la mauvaise passe, le Voyageur peut s’égarer. Alors, les autres, les Normaux, restés sur la rive, à l’abri, la bouche pleine d’excuses à leur lâcheté, rient. « L’Albatros », de Baudelaire, est lumineux à ce propos.

La vie de François Augiéras semble avoir été la poursuite d’un Théâtre d’Ombres. Il avait eu une Révélation, à un moment de sa jeunesse, il avait été fasciné – d’une manière soit réelle, soit symbolique, je ne sais – par des Formes Extraordinaires, des Etres Légendaires exhalés par la Littérature, l’Art, la Mythologie. Il a pétri sa vie en essayant de poursuivre ces Visions. Il s’est cogné à la Réalité dans sa Quête.

Comme un papillon prisonnier d’un bocal de verre posé dans un parterre de fleurs.

Pour moi, Augiéras a voulu ignorer de toutes ses forces, une donnée pénible de l’existence : si elle peut être un Grand Jeu, le plus souvent elle est juste un Jeu de Rôle social, un parcours banal dans un labyrinthe de quotidiennetés semé de chausse-trappes. Pour survivre, il faut, fidèle à la stratégie d’Odin, devenir Grimmir, Le Masqué, avancer à pas comptés, utiliser la ruse. Appréhender les données immédiates du réel pour les accommoder.

Augiéras avait compris cela, il n’a pas voulu plier à cet ordre trivial imposé du dehors. Il était épris de réalités : par-dessus tout, il aimait les falaises, il était capable de rester des heures en méditation sur une roche. La vallée de la Vézère, riche d’un relief puissant, avait persuadé Augiéras de l’existence d’une vie cachée contenue au plus secret de la matière. Ses fascinations allaient au-delà des apparences. Pour lui, les Ombres avaient une Vie, une Forme de Réalité.

Sa mythologie n’était pas une illusion, elle prolongeait sa vie.

Kenwag, in Visionnaires du Temps présent, Ed. L’Originel.

François Augiéras, ne pas ressembler aux normaux

                                     Ses livres étaient des signes, au bord du chemin, les cailloux du Petit Poucet, ils étaient une sorte de pointillé discontinu : sa Route leur a donné un sens, elle était un continuum.

François n’a jamais été riche avec sa plume  A l’époque de Une Adolescence au temps du Maréchal, il avait reçu l’équivalent de 4000 anciens francs. Il est resté à Paris deux jours pour faire des signatures. Le troisième jour, tournant le dos à ce monde faisandé, il s’est embarqué pour Salonique : « O morts, vieux capitaine, levons l’ancre, ce pays nous ennuie … » aurait chanté Baudelaire … Il avait de l’argent en poche, Paris lui pesait, il voulait poursuivre son aventure, jouer l’Homme Toujours Absent …

 

  1. I.                     LE FILIGRANE DU DESTIN

Cet homme Etrange, au fil des pages du livre de Paul Placet, François Augiéras, Un Barbare en Occident, se révèle avec la lenteur d’un cliché photographique en tain de « monter » à la surface du papier plongé dans le bain de révélateur, sous la lumière rouge inactinique.

Derrière l’image nette de son réel, apparaît en plus du filigrane de son destin, l’image virtuelle de sa destinée tragique. En cela, il ressemble à certains héros du Romantisme Allemand, déchirés entre des passions contradictoires, sans pouvoir les harmoniser à la recherche d’une impossible Rédemption.

En Périgord, il trouve le repos de l’âme, cependant, lors de ses équipées en pleine nature, sur les rives de la Vézère, il dit : « Je vois cette falaise comme un rivage … ».

Debout sur la rive, le dos appuyé aux terres, le regard porté vers l’horizon, l’homme sent le Ressac de l’infini. Ce gouffre l’aspire, le remplit du désir de partir.

Augiéras avait une conscience cosmique. Il avait compris l’essentiel : le Chant du Monde vient battre à ses pieds, comme un Océan Gigantesque. Le champ de Force de l’Univers Primordial houle la surface du tissu Etendue-Durée autour de lui.

A la moindre occasion, il abandonne la relative protection de tantes fortunées, – elles lui permettent de survivre -, pour fuir vers la Méditerranée.

Après l’Afrique du Nord, c’est la Grèce, à la poursuite de la technique des icônes, la découverte du Mont Athos, ses décors puissants, les moindres hallucinés de ses monastères météoriques. Derrière les pratiques orientales de l’église orthodoxe, il cherche à gratter le vernis monothéiste du Christianisme Primitif pour réinventer la véritable image de la Grèce Païenne, de la Grèce Archaïque.

Mêlant l’Ange au Démon, François erre en quête de Maisons Closes.

Là, cet éternel adolescent, écrivant ses manuscrits sur de petits cahiers d’écolier, vient chercher une famille, une cellule pastorale, vivant en lieu-clos dans une ambiance de sensualité extrême, dans un climat qualifié par lui de « bestial », au sens noble du terme.

Féeries, artifices, fées nues couvertes de bijoux sous des voiles diaphanes, musiques aphrodisiaques aux rythmes onaniques, thé à la menthe mettant les sens en feu, danses à faire bander un mort ; voilà le Venusberg d’Augiéras , nouveau Tannhäuser, dénué du désir de sauver son âme de l’Enfer. Il restera toujours sensible au raffinement artificiel des bordels, comme d’ailleurs bien d’autres Vagabonds, comme Kerouac par exemple …

Ainsi, l’Homme Nu n’est jamais là où nous l’attendons, il fuit toujours vers le pôle opposé à celui où il se trouvait l’instant d’avant, particule errante entre cathode, anode, doté d’une charge en perpétuel changement, tantôt positive, tantôt négative.

Une destinée quantique …

Pulsive, sa vie hésite toujours entre l’Apollinien, le Dionysiaque, parfois Barbare Sensuel, parfois Esthète Métaphysique.

Augiéras rêvait d’une vie d’ermite solitaire, dans les bois, dans les grottes, sur une montagne, dans une forteresse. Il a essayé vingt fois de vivre de cette manière-là. Au troisième jour, affolé par la solitude, il avait une seule envie : courir vers la civilisation.

Ne pouvait-il pas supporter la réalité de ses fantasmes ?

Sans doute.

Ah, Dieux, je n’en suis pas sûr : là est le prix à payer pour participer au Grand Jeu. Comme un nageur fendant les vagues d’un crawl parfait, il faut parfois sortir la tête de l’eau pour respirer.

Le Réel est le pire ennemi.

Il est aussi la seule assise pour fonder des Rêves Réalisés

La seule Alternative à une Contemplation Abstraite.

Cette dernière ne pouvait plaire à François, être Sensuel au sens le plus fort du terme.

Peut-être, avec le temps, Augiéras aurait-il pu trouver la Bonne Equation de la Courbe du Réel. Cela n’a pas été. Les Forces du Conformisme, l’homéostasie du Champ Social, tout cela ne permet pas la facile déviance.

Riche de ses paradoxes, l’Homme marchant dans la Marge a au moins une satisfaction : ne pas ressembler aux Normaux.

Kenwag, in Visionnaires du Temps présent, Ed. L’Originel.

Reconstitution d’un parcours posthume 2ème partie

PALINGENESIE  (suite)
Fr.Augieras
1989 : Fata Morgana réédite Une Adolescence au Temps du Maréchal mais en reprenant le titre initialement prévu par l’auteur : La Trajectoire. Jean Gilles Badaire publie, aux Editions du Solier, un livre hommage :Journal de la Poussière. Pierre Moréno présente un diplôme de maîtrise à l’Université de Bordeaux III sous la direction de Jacques Noiray : « Le Culte de la Pureté dans l’Oeuvre écrite de François Augiéras ».

1990 : Thierry Le Merre réalise un premier long métrage autour du Vieillard et l’Enfant. Reconstitution d’un  itinéraire. Diffusion sur la 7 en 1990. Georges Monti, éditeurà Cognac, publie Pour François Augiéras, livre d’accompagnement d’une exposition présentée à lyon, dans la bibliothèque La Part Dieu, en juin, par Joêl Vernet, écrivain, et Madame Glayze, conservateur. Participent à cet ouvrage : Nourrissier, Chalon, Lacarrière, Bobin, Juliet …

1991 : En avril, le Théâtre du Port de la Lune, à Bordeaux, sous la directionde Jean Louis Thamin, organise une manifestation, avec lecture-débats , à laquelle participent Pierre Veilletet, journaliste, Jacques Monférier, universitaire. Publication par William Blake d’un cahier manuscrit qui est inséré dans le Cahier du Théâtre N°2, puis, également d’une « Lettre ouverte à « François Mauriac » du 25 juin 69. En juillet, au Festival de Théâtre de Sarlat, Pierre Orma et André Marc delcourt, du Théâtre de la Vache Cruelle, de Périgueux, présentent une soirée Augiéras avec lectures, accompagnement musical, et projection d’icônes sur le drap de scène. Fata Morgana publie un texte inédit : Les Barbares d’Occident. Pierre Fanlac réédite, en fac-similé, Le Vieillard et l’Enfant  dans sa toute première version de 1949, avec la mention »imprimé en Belgique ».

1993 : une maison de Barcelone, Seix  Barral, présente la première traduction d’Augiéras El Viage de los Muertos . Jean Gilles Badaire, peintre, et M.Martin, enseignant, conduisent un thème de travail artistique autour de F. A., « Traces Occupées », avec les élèves de l’Ecole Victor Hugo de Châteauroux. Un mémoire de maîtrise est présenté à Bordeaux III sous la direction de Roger Navarri, parR ; Borderie : «  A la découverte de François Augiéras ». Sandrine Berregard, à la Sorbonne Nouvelle, présente un D.E.A. sous la direction conduite de Philippe Berthier : «  Le Mysticisme de François Augiéras ».

1994 : Fata Morgana publie Lettres du Mont Athos, présentées par Paul Placet, et accompagnées de photos de François Bonhomme. En juin, William Blake, en fac-similé, dans un cahier Henri Miller, publie une lettre du 23 juin 52 de F. A. à Henri Miller. En septembre, champ Vallon éditeur publie un ouvrage critique de philippe Berthier : Réalisation d’une émission sur France Culture, en octobre, à propos de cet ouvrage.

1995 : Les cahiers de Vénus, de Pierre Fanlac, à Périgueux, présentent un dossier très complet sur les multiples éditions à compte d’auteur et publiques du Vieillard et l’Enfant, accompagné d’un dessin inédit et d’un fac-similé d’une lettre. En septembre, Grasset réédite, dans ses Cahiers rouges, le premier volume d’une série L’Apprenti Sorcier.

1996 : en juin, il est procédé à une première vente publique d’un ensemble d’ouvrages (dont certains appartenant aux prépublications à compte d’auteur des années cinquante) ainsi que du lot de la cinquantaine de lettres envoyées à Jacques de Ricaumont, certaines très révélatrices : «  …nous voici devant les Mémoires d’un Mutant. Rien ne menace davantage les religions traditionnelles que l’apparition d’un psychisme nouveau trop à l’écoute des astres. » (11 février 68)

Jean-Luc Thuillier composé et imprimé en 2 couleurs une « Lettre d’Algérie », tirage limité 30 exemplaires numérotés et hors commerce. L’éditeur Jean Michel Binsse, pour Novetlé, procède à une réédition de La Chasse Fantastique. Sortie chez Grasset, en septembre, de Le Voyage au Mont Athos. Publication , par l’Association «Au Signe de la Licorne », à Charleville, de François Augiéras. Une Trajectoire Rimbaldienne, qui présente un choix de lettres à divers correspondants ainsi que des pages inédites primitivement prévues pour figurer dans « La Trajectoire ». L’ouvrage est préfacé par Salah Stétié. La couverture est ornée d’un dessin de Marcel Loth.

1997 : du 18 octobre au 12 janvier 97, le Musée Arthur Rimbaud de Charleville présente, dans 3 salles, un ensemble de documents très complet sur la trajectoire de F.A. .Une soirée débat est organisée en présence de Joêl Vernet, Guy Goffette, Pascal Sigoda, l’initiateur de cette maladie.

 

FUTUROLOGIE

 

Des projets pour 1997 :

1° :François ou l’Extraordinaire Trajectoire, une correspondance croisée avec Pierre Charles Nivière, couvrant les années essentielles 70-71 ;

Un Pacte Secret, 114 lettres à Paul Placet, pour suivre le cheminement de 20 années d’une amitié ininterrompue. Elles sont annotées. Une préface de nature biographique s’étend plus précisément sur les années 50, 51, 52, 53…

2° : un catalogue raisonné de l’œuvre peint est en voie de constitution. Il comporte une centaine de documents essentiellement en couleurs ;

3° : un coffret contenant un disque (CD) avec la voix de François Augiéras enregistrée par ses soins est en cours de montage ;

5° : un film est en préparation , projet de Stéphane Sinde à Paris ;

6° : grasset devrait poursuivre les rééditions dans sa collection  des cahiers rouges ;

7° : pour réaliser le souhait formulé dans son testament du 20 mai 70, il faudrait que soient rassemblés en un seul volume : Le Vieillard et l’Enfant de 1958 El Goléa, chapitre III du Voyage des Morts «  Un Printemps au Sahara », chapitre XI de La Trajectoire.

Reconstitution d’un parcours posthume 1ère partie

François Augiéras, Reconstitution d’un parcours posthume par Paul Placet

Augiéras en avait jugé. Avec une clairvoyance rare pour un esprit préférant, à la logique ordinaire, suivre les pulsions du moment. Son œuvre, qu’il espérait bien poursuivre jusque dans un âge avancé, ne connaîtrait pas de percée éclatante mais serait conçue pour s’installer dans une solide durée.

PALINGENESIE

13 décembre 1971 : Augiéras, pensionnaire à l’Hospice de Montignac, est victime d’une crise cardiaque le samedi soir. Transporté d’urgence, il meurt au CHU de Périgueux le Lundi matin vers 5 heures.

18 décembre : Augiéras est inhumé dans le cimetière de Domme, accompagné d’un triangle d’amis. Longtemps, la tombe est restée anonyme. Aujourd’hui, une pierre la signale, portant gravé le nom dans une graphie originale empruntée à une signature qui fut parfois utilisée en peinture. Chaque année, cette tombe voit passer une dizaine de pèlerins-visiteurs venus sur l’acropole de Domme pour retrouver quelques-unes de ses traces.

1976 : L’éditeur et ami Bruno Roy, qui dirige la maison d’édition Fata Morgana, à Montpellier, décide de prendre en charge le destin des livres. Il réédite : L’Apprenti-Sorcier.

1977 : les Editions de Minuit reprennent Le Vieillard et l’Enfant, donc une troisième édition publique après celles de 54 et 63. Cette dernière présente le texte établi en 1958. L’ouvrage est présenté sous le nom véritable suivi du pseudonyme mis entre parenthèse.

1979 : réédition à l’identique par photogravure, pour le huitième anniversaire, du Voyage des Morts. Figure, en tête de l’ouvrage, une « première préface ».

1980 : première édition, toujours par Bruno Roy, après Christian Bourgois, de Une Adolescence au Temps du Maréchal. Elle est assurée en co-édition par Bassac, Plein Chant, Fata Morgana.

1981 : Marcel Loth, peintre et ami, réserve un numéro spécial de ses Cahiers de Bospicat pour une première édition des Noces avec l’Occident, dont il détenait le manuscrit (tirage limité et hors commerce). Puis Fata Morgana reprend l’ouvrage en édition publique.

1982 : deux revues, La Barbacane de Max Pons, et Masques, réservent l’une et l’autre un important dossier dans leur numéro de printemps. La deuxième revue mentionne un manuscrit inédit de Pierre Charles Nivière : François Augiéras ou l’Extraordinaire Trajectoire. Au deuxième trimestre, Fata Morgana publie, à titre posthume, Domme ou l’Essai d’Occupation accompagné d’une préface de Jean Chalon.

1983 : à l’initiative de Joël Vernet, France Culture diffuse une émission : « François augiéras Marcheur Eternel », réalisateur Jacques Taroni, Rediffusion en 1987.

1984 : publication d’un travail essentiel qui va ouvrir de nouvelles perspectives. Christian Rodier conduit une première recherche biographique et critique. L’ouvrage est publié en association par Plein Chant – Le Temps Qu’il Fait – Fata Morgana. Un tirage de tête est fait sur papiers de couleurs en rappel de la démarche d’Augiéras dans les années cinquante : « François Augiéras Cahier2 ». En avril la maison d’édition « Phalène », dirigée par Christian Malaurie, publie un texte inédit, inachevé : La Chasse Fantastique, écrit en collaboration par François Augiéras et Paul Placet.

1985 :

Création, en janvier, sous l’impulsion donnée par Marie-Claire Germanaud, directrice de la B.C.P. (ancienne B.D.P.) de : « L’Association des Amis de François Augiéras ». En octobre, F.A. participe, avec trois œuvres présentées, au Centenaire de la Société des Beaux-Arts de la Dordogne.

1986 : réalisation d’un film de 30 minutes par l’équipe « Pacific Video » animée par Julien Farrey, Pascal Régoli, Luc Lagarde : « Fragment d’une Trajectoire ». Le document est déposé à la videothèque de Beaubourg. Il a été présenté au Festival audiovisuel de Sarlat en novembre.

1987 : l’association présente la première manifestattion publique en faveur de F.A. au Musée du Périgord à Périgueux, en avril, avec Soubeyran, conservateur. Sont exposées une quinzaine d’icônes, des manuscrits. Radio-Périgord assure une série d’émissions. Une plaquette de 24 pages est publiée : « François Augiéras. Ecrivain –  Peintre. Une aventure de l’Esprit ». Elle présente une série de témoignages (Marguerite Yourcenar, une lettre du 7 février 87 – Le Clézio, une lettre du 10 février), des participations de Francesca, Y. Caroutch, Bazin, Michel Mardore, Jacques Lacarrière, Joël Vernet…

« J’ai lu Le Vieillard et l’Enfant, écrit Le Clézio, certain d’y trouver une part de ce que j’avais ressenti à la lecture de Une Saison en Enfer et une part de ce qui m’avait troublé en lisant L’Enfant Sauvage d’Henri de Monfreid. »

Laurent Debut, éditeur de Brandes, à Roubaix, publie une « Lettre du Mont Athos » sur papier de couleur, en tirage limité.

1988 : à Périgueux, l’éditeur Pierre Fanlac publie François Augiéras. Un Barbare en Occident par Paul Placet. L’ouvrage se veut témoignage vivant mieux que biographique. Il est enrichi d’une importante iconographie en noir et en couleurs. En avril Joël Vernet publie chez Lettres vives un livre hommage : Lettre de Gao. En mai, Flammarion réédite Un Voyage au Mont Athos qui était épuisé. A noter, à partir de là, un fort courant de presse avec des articles :

–        Quoi lire Magazine, Michel Quiblier, N°2, Salon du Livre.

–        Courrier Français, « Le Vagabond Extrême, Laurent Lemire, 21 mai.

–        Libération, « Le Troglodyte » de Michel Cressole, 16 juin.

–        Le Figaro, « L’aventure des Espaces Infinis », Brenner, 4 juillet.

–        La Quinzaine Littéraire, « Voyageur dans l’Eternité », Ceccaty, 16 juillet.

–        Sud-Ouest dimanche, « François Augiéras, un Méconnu Majeur », Paul Placet, 2 octobre.

–        Journal de Fribourg, « Les Abîmes de l’Absolu », J.B. Mauroux, octobre.

–        Périgord Magazine, « Les Déserts d’un Barbare », Gérard Jean, décembre (texte présent également dans Limousin Magazine de novembre).

–        Le Monde, Drachline.

Les Editions du Rocher publient l’édition intégrale de Domme ou l’Essai d’Occupation avec une préface de Jean Chalon. Réalisation d’une émission de télé de FR3 Limoges avec Pierre Fanlac.  Antoine Juliens, metteur en scène, fait le projet d’une adaptation du Voyage des Morts.

1989 : Fata Morgana réédite Une Adolescence au Temps du Maréchal mais en reprenant le titre initialement prévu par l’auteur : La Trajectoire.

A Suivre….

Source : Visionnaires du temps présent

Les Aventures de l’Hermès Androgyne, par Kenwag

 

Gisèle Desailly, veuve de Juillard, l’avait une fois invité à sa table, après la publication de L’Apprenti Sorcier. La rencontre dura deux heures. Elle fut subjuguée au point de lui demander de mettre toute la conversation écoulée dans un livre… Cela devint « Une adolescence au temps du Maréchal »…

Un Barbare en Occident François Augiéras a traversé la vie comme une Etoile Errante. Sa lumière a transfiguré ses plus proches disciples. Venu avec ses Rêves, il est parti avec eux. Il est passé trop vite. Seuls nous restent ses livres. Survivent aussi les souvenirs, le témoignage de ses amis. Pour construire sa Légende…

Dans la nuit close comme une gemme, les falaises dominent la Vézère, ruine d’une forteresse vieille d’un million d’années. A leurs pieds, la rivière noire roule des flots de lave lisse. Leurs vagues accrochent des cristaux de lune. Sautant de roches en roches, un homme nu se glisse au bas des éboulis, à l’aube de l’eau sombre. Il tient à bout de bras le fer rugueux d’une longue épée à lame serpentine.

Cette Flamberge de Barbare, il l’a forgée lui-même, il en a fait son glaive magique, il lui a parlé des heures entières, il lui a donné un nom, il a dormi avec elle comme avec une amante, sentant l’acier froid caresser la peau fragile de sa verge.

Avec des gestes lents, comme en apesanteur, l’Etre Nu entre dans la chair liquide de la Vézère. Bientôt, le ressac longiligne lui arrive à la taille. La forte puissance du torse des eaux le fait vaciller. Pour rétablir son équilibre, il enfonce en profondeur ses deux pieds dans la chair du limon tiède.

Puis, en murmurant des prières jamais entendues de mémoire humaine, il lève au-dessus de sa tête son Arme Blanche, suspend son geste une seconde d’éternité, l’enfonce enfin, d’un geste puissant de Tueur de Dragon, dans le ventre de sable du fond de la rivière.

Le souffle court, la sueur roulant sur sa peau pâle, il recule. De retour sur la berge, à mains nues, en s’aidant d’un levier primitif taillé dans une branche d’arbre, il précipite sur son épée une avalanche de gros rochers.

Ainsi, la voilà enclouée, à jamais peut-être, dans le lit de la Vézère. Engloutie, comme Atlantis. Ensevelie, comme Pompéi.  Dans sa gangue d’eau mêlée de rocs.

Le flux retrouve très vite son calme fluide.

L’homme respire vite, comme après l’amour, tout son être est bandé par le plaisir de ce rituel accompli. Autour de lui, dans les ténèbres peuplées de fantômes de mammouths, le Périgord des Années Cinquante se retrouve lié d’un coup, par-delà l’espace, le temps, aux territoires vierges des hominiens préhistoriques vivant là un million d’années avant.

Puis l’Etre Nu s’éloigne dans le noir.

Il a trente ans.

Il s’appelle François Augiéras.

 

  1. I.                    LE GRAPHE DE LA LEGENDE

Samedi 18 juillet  1925. Rochester, USA, Etat de New York, Comté de Monroë. 03h 15 PM. Un bébé salue son arrivée dans le Réel par ses premiers cris. Il ne connaîtra jamais son Père, Pierre Augiéras, pianiste, professeur de musique, mort deux mois avant.

L’année suivante, François quitte l’Amérique avec sa Mère, Suzanne-Marie Kaczinska, d’origine polonaise. Ils arrivent à Paris. Huit ans vont s’écouler avant de le voir partir pour le Périgord, pour la première fois, avant d’entrer  enfin en contact  avec les Enchantements de la Dordogne, de la Vézère, de ses falaises. A leurs pieds, plus de deux décennies plus tard, il enclouera une Epée de Fer…

Etrange trajectoire.

François Augiéras, peintre, écrivain, poète, aventurier, voyageur…

Une longue courbe ascendante, asymptote du sublime, enluminée de fulgurances soudaines comme des orages tropicaux : ses livres, peu nombreux, précieux, par cela même.

Difficile, voire impossible, de bien dessiner le graphe de sa vie : tout au long de son existence, François Augiéras a voulu vivre sa propre Légende. Il l’a entretenue. Son charisme était si fort : ses amis eux-mêmes sont entrés dans ce Grand Jeu Androgyne…

Ainsi, fidèle parmi les fidèles, Paul Placet. De tous les disciples d’Augiéras, il est le seul, peut-être, à l’avoir bien connu. En tous cas, il a été son plus proche chevalier sur une durée très longue. Il a signé, en 1988, chez l’éditeur sarladais Pierre Fanlac, un épais volume de mémoires, François Augiéras, Un Barbare en Occident. Pour Paul, ce n’est surtout pas une biographie de son ami défunt. A le feuilleter, il est facile de s’en convaincre. Même si la vérité des faits, des gestes, de la Geste, a été respectée : sa lecture nous convie à un Légendaire de François Augiéras[C1] …

« Le Sarladais, autour des années 1948, était un pays merveilleux, au sens propre, dans la mesure où il était désert… »

Le décor est planté. Dans la mémoire de Paul Placet, les souvenirs exhalent le mystère d’une photographie exhumée d’un vieux portefeuille : le papier viré sépia lui donne une sorte d’étrange relief, les détails survolés hier d’un œil trop rapide prennent soudain une profondeur nouvelle, le monde invisible s’exhale en filigrane de la réalité.

« Le pays sortit à peine de la Seconde Guerre Mondiale. Il y avait, tout autour de Sarlat, des centaines de fermes dans le plus complet abandon, serties dans un terroir magique. Nous pouvions entrer, camper, dormir… Nous y trouvions même, parfois, du café dans de vieilles boîtes de fer blanc… »

C’est le Royaume Enchanté de la Belle au Bois Dormant. François Augiéras s’y promène comme Sigurd, en Prince régnant visitant ses terres. Autour de lui, à l’époque, un groupe d’amis à l’âme artiste : deux peintres, un architecte, un bibliothécaire, entre autres paladins… Puis Paul Placet, bien sûr, enseignant de l’Ecole Normale de Périgueux…

François les fascinait.

Au sens chamanique du terme.

Il exerçait sur eux, malgré lui, une fascination.

Tout en François était Charme : son allure, ses idées, sa voix extraordinaire, le style remarquable de ses discours, sa manière d’être…

Déjà, il était auréolé d’aventures menées tambour battant. Ses études, brèves, chaotiques, abandonnées après la cinquième pour devenir peintre. Sa culture d’autodidacte. Sa vie pendant la guerre. Ses lectures, mêlant Monfreid, Jules Verne, Malraux, Elie Faure (le voisin de Sainte-Foy-la-Grande), mêlées à une sorte d’encyclopédie de l’Histoire de l’Humanité. Son attirance pour la Grèce Archaïque distillant un fantasme de vie pastorale, de temples païens, d’offrandes, de jeux érotiques, d’androgynie…

Ce charme, il en jouait à volonté. Par un fait étrange, cet étrange magnétisme se dégageant de sa personne pouvait se transformer en une sorte de haine, de colère, de passion allant, en totalité, à l’encontre de la séduction. Augiéras a eu des Amis, certes, il a eu aussi des Ennemis non moins farouches. Son charisme venait de sa prestance, de sa voix – entendre François déclamer était un enchantement –, d’une aisance à vivre, à faire de la musique sans en avoir jamais appris le moindre rudiment…

D’une certaine manière, cette influence sur les autres a eu un effet bénéfique sur sa vie : Gisèle Desailly, veuve de Juillard, l’avait une fois invité à sa table, après la publication de L’Apprenti Sorcier. La rencontre dura deux heures. Elle fut subjuguée au point de lui demander de mettre toute la conversation écoulée dans un livre… Cela devint Une adolescence au temps du Maréchal

 

  1. II.                  LE PRINCE DERACINE

Prince Errant d’un Royaume d’Exil, François Augiéras connaît la situation paradoxale de tous les déracinés venus au monde, par le Jeu du Destin, en Terre Etrangère : ils ne se sentent appartenir à aucun terroir particulier, pas même celui où ils ont vu le jour. Toute sa vie, il sera partagé, entre d’un côté le Périgord, où il a toujours vécu en réalité, terre aimée de toutes ses forces, de l’autre, des Utopies Exotiques, d’une réalité variable, l’Afrique, l’Asie, la Grèce…

François Augiéras aime peaufiner sa légende : il fabulera toujours, par exemple, sur les circonstances de sa naissance : un certain épisode de médaille d’identité égarée à la maternité de Rochester lui permettra de se prétendre fils de Peau-Rouge. Vieille réminiscence du très archaïque thème de l’Echange de Bébés, cher au folklore des Fées, aux histoires d’enlèvement extraterrestres, aussi.

Par sa Mère, François Augiéras se sent Slave, il se crée des origines mythiques dans les steppes d’Asie Centrale. De plus, il est persuadé, tout imprégné de mystique tibétaine, d’avoir déjà vécu  en Périgord, dans une vie antérieure, au XVIIIe siècle, d’être ainsi en fait de retour chez lui après une longue absence[C2] … Métempsycose, fantasmes, réalités, forment en lui un mélange subtil, une forte alchimie : elle va laisser aussi des traces dans son attitude face à l’univers, dans sa Quête Mystique.

Il y a, chez François Augiéras, du mysticisme, pas de religiosité : c’est un Etre Païen, aux Profondeurs Panthéïstes, doué d’une Conscience Cosmique. Le Périgord, Terre de Magie, aux fortes Puissances Telluriques, chargée de Mémoire Multimillénaire, lui procure l’ataraxie nécessaire à l’écriture de ses livres. La beauté des paysages induit en lui, par la méditation, un état de grâce de l’espace-temps, une sorte de transe calme. Ce terroir est un Réceptacle Sacré, il y entre comme dans une Matrice Géante, il ne cessera de l’explorer, à pied, en vélo, en scooter.

Augiéras a le goût des Rituels.

Gestes d’éthique, actions esthétiques,  il les pratique comme une conjuration du réel, comme une catharsis de la banalité, pas par conviction religieuse. Ce sont des rites propitiatoires destinés aux puissances des Féeries, les seules capables d’enchanter la réalité.

François a toujours ressenti l’Appel Sensuel du Monde Invisible, il a cherché toute sa vie à communiquer avec cet Au-Delà. Pour lui, la Falaise était vivante, l’arbre doué de vie, il y avait, de ce fait, possibilité de communiquer avec eux.

Augiéras a aussi, enraciné en lui, en permanence, un goût du Jeu, un désir de Théâtre, une attirance pour le Mystère au sens cérémoniel du Moyen Âge.

Il veut soulever le Voile du Temple d’Eleusis.

A la fin de sa vie, il sera même très marqué par l’idée de l’existence d’une civilisation extraterrestre. Sa dernière exposition, présentée à Tunis, puis à Sarlat, « Peintures pour une Civilisation Inconnue », montrera des firmaments, des soucoupes volantes, des Êtres d’une Grande Beauté.

Au moment de rédiger son ultime texte, Domme ou l’essai d’occupation, François Augiéras se sent un être à part, venu de l’Espace, un accident de la Terre.

Il en a le pressentiment : il est là pour un temps très court.

La vie de cet homme semble vouloir échapper à l’analyse, à la chronologie. Il en a fait une fresque chamarrée. A se pencher sur elle, le spectateur finit par ressentir une sorte de vertige, à oublier l’écrivain au talent salué par les plus grands de ses pairs.

De 1944 à 1945, François Augiéras découvre l’Algérie, il retrouve, à El Goléa, son Oncle, vivant dans une sorte de Musée au Milieu du Désert. C’est le début de son aventure littéraire. D’étranges rapports vont se tisser entre ces deux hommes,  le liant à ce Colonel en retraite, ce naufragé volontaire au cœur du Sahara, dans son bordj. Cette liaison, le mot n’est pas trop fort, va aboutir, après plusieurs années d’écriture, de réécriture, à une série de petits livres signés du pseudonyme de d’Abdallah Chaamba, « Serviteur de Dieu ».

Il les expédie à Paris, à des personnalités littéraires de l’époque.

A force de construire sa légende, François a fini par lui faire modifier le cours de la réalité : le conte de Fées avait commencé avec le thème de l’Echange de Bébés, il continue avec celui du talisman, de l’Objet Enchanté capable de modifier la courbe du Réel.

Albert Camus confie son exemplaire du livre d’Augiéras à Gide. Celui-ci est transporté d’enthousiasme. Il écrit aussitôt à François, le 30 mars 1950, toute son admiration. Ils se rencontreront d’ailleurs à Taormina, en Sicile.

L’ouvrage sera en fin de compte édité en 1954 par les Editions de minuit sous le titre Le Vieillard et l’Enfant, sous la signature d’Abdallah Chaamba. La critique saluera cette œuvre tout en se perdant en conjectures sur la véritable identité de son auteur, l’attribuant même à Gide lui-même, voire à Montherlant.

Le subterfuge durera le temps de trois livres, Augiéras recouvre sa véritable identité après L’Apprenti Sorcier.

François a toujours été très attaché à ce premier livre. Dans son testament, il désirait voir réunis les textes de la version de 58, un chapitre de Une adolescence au temps du Maréchal – Un printemps au Sahara–, plus les chapitres titrés « El Goléa » dans Le Voyage des Morts. Cette réincarnation éditoriale n’a pas encore, à ce jour, été réalisée.

Bien sûr, Le Vieillard et l’Enfant, conçu par Augiéras comme u Oratorio profane, un ensemble de chants, le livret d’un Opéra Réel vécu près de son Oncle d’El Goléa, fut pour les Normaux un livre scandaleux dans les années 50, à cause de la description de la relation amoureuse liant l’oncle au neveu. Cependant, le mot « homosexualité » ne saurait à lui seul décrire le contenu réel de cette aventure : la violence, la passion, le goût pour la sauvagerie, les courses dans le désert, la vie près des troupeaux nomades…

Elle fut un Cérémonial Initiatique.

 

  1. L’AVENTURIER ORIENTAL

Personnage tout droit sorti d’un film de Visconti, par certains côtés, François Augiéras avait aussi une conception très « orientale » de l’existence. Cela se sent, à la lire, à écouter ses amis le raconter : il avait été marqué par sa période Nord-Africaine…

François a fréquenté, en Méditerranée, en Orient, plus tard, des cultures où ce type de problématique sexuelle ne se pose pas dans des termes ressemblant à ceux de la France. Cette phénoménologie homophile, sensuelle, amoureuse, peut, parfois, y être perçue d’une manière non-empreinte de la notion de faute, de déviation, engrammée par notre civilisation occidentale judeo-chrétienne.

Ces pratiques, pour les hommes comme pour les femmes, s’y inscrivent dans l’orbe d’un univers hypersensuel, même s’il est, par pudeur, très dissimulé. La notion de péché de chair, malgré les rigueurs de certaines religions, n’y revêt pas un caractère identique au nôtre. Un état d’esprit ayant, au fond, un aboutissement au Japon : chez le Japonais, l’Eros est génital, mental, sensuel, tout à la fois, sans interdit majeur. L’esprit s’y retrouve synchrone de la chair, dans le même plaisir du désir, à la différence de nos pays où 2000 ans de judeo-christianisme nous ont légué une dichotomie de l’amour à peu près schizophrène.

François Augiéras l’avait senti, la Grèce, l’Afrique du Nord, sont Terres Androgynes, en profondeur, les sens y sont en permanence sollicités par la puissance des parfums, des saveurs, par un certain goût pour le décorum, pour l’emphase, par un climat brûlant obligeant à porter des étoffes légères, à même la peau…

La nudité y est primordiale.

L’Homme Libre y vit bandé.

La Femme Libre, humide.

Sans solution de continuité.

Augiéras était très sensible à ce métabolisme mental. Celui-ci ne tenait pas, d’ailleurs, à la seule chair du réel, parfois d’un exotisme de pacotille. Il était lié, au contraire, souvent, à une véritable propriété de l’espace, une sorte de vibration sui generis des lieux : elle exacerbe les passions. Beaucoup de militaires  de carrière sont tombés sous ce charme, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, au Congo, en Indochine, surtout…

Il existe aussi de tels lieux, en Europe, dans le sud de l’Allemagne, en Bavière, au Tyrol, en Autriche, en Italie, en Espagne. En fait, Le Vieillard et l’Enfant n’est-il pas, au-delà du temps, de la mort, une étrange réponse au livre de Thomas Mann, La Mort à Venise ? Une sorte de re-création mythique du duo Tadzio-Aschenbach ?…

Avec la publication de son premier livre aux Editions de Minuit, François Augiéras

Pourrait connaître la gloire. Cependant, il ne change rien, au fond, à sa manière de vivre. Certes, après la lettre de Gide, il va le rencontrer en Sicile.

Dans cet acte, il y a deux tenseurs.

D’une part, la considération du poids littéraire de Gide, de son influence potentielle sur le déroulement de sa carrière des lettres.

D’autre part, l’envie de jouer sa vie, encore, toujours…

François avait  un besoin continuel de Danser sa vie, encore, toujours…

François avait un besoin continuel de Danser devant les Astres…

Se révèle aussi chez Augiéras, alors, le Barbare : envoyer ses manuscrits du plus profond du Désert est pour lui un acte « d’agression contre l’Occident ».

Dès le début des années 50, il avait eu un sentiment de haine pour Paris, une ville désastreuse, selon lui, pour l’individu.

Il s’était juré de ne jamais y remettre les pieds…

Il a presque tenu ce serment…

François Augiéras voulait détruire la civilisation occidentale du XXe siècle en se situant au-dehors d’elle, en lui envoyant des livres d’une grande violence : ils déstabiliseraient les écrivains parisiens, pensait-il.

Ses étranges rapports avec le milieu littéraire furent, de ce fait, houleux. Il rencontra Bazin, Jouhandeau, Cendrars. L’entente ne fut jamais durable avec aucun d’entre eux : François était féroce. Il n’a jamais pardonné à un homme de vivre à Paris, dans un monde aussi perverti. Augiéras menait aussi la vie dure à ses éditeurs, rééditant Le Vieillard et l’Enfant à compte d’auteur, par exemple, sans prévenir les Editions de Minuit, tout en reprenant leur maquette.

Augiéras ne pouvait devenir une célébrité. Il y avait un artifice au départ de sa carrière : le petit Arabe illettré Abdallah Chaamba. Ce masque pouvait tenir le temps d’un livre, de deux, il ne pouvait durer…

François ne voulait pas rentrer dans le rang, il voulait garder toute sa liberté, ne pas fréquenter Paris. Il a sacrifié sa vie pour ne pas s’asservir à cette ville.

Des quantités de gens le lui avaient dit : une carrière d’écrivain se fait à Paris. Il n’a jamais voulu se rendre à ces raisons triviales. La vision carriériste de l’écriture, avec sa connotation d’arrivisme petit-bourgeois, lui était étrangère : sa vie était son œuvre d’art, il lui voulait de l’éclat, du mystère, de l’aventure.

 


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François Augiéras Visionnaire du temps présent

Visionnaires du temps présent, Revue L'Originel Visionnaires du temps présent

Des témoignages, d’artistes, d’écrivains, de philosophes qui ont choisi de vivre leur propre légende. Visionnaires qui cherchent à en finir avec cette souffrance planétaire en s’arrachant au sommeil de la vie ordinaire.

SOMMAIRE

Fernando Pessoa : la Grande âme portugaise ;

Ernst Jünger : les Runes du Scalde ;

François Augiéras : l’Hermès Androgyne ;

Alfred Aïken : la vérité absolue ;

Douglas Harding : la voie sans tête ;

Sergiu Celibidache : l’art de l’interprétation ;

Buckminster Füller : Intégrité ;

Marcel Maillet : ouverture sur un autre monde…

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François Augiéras : l’ermite du Périgord

François Augiéras : l’ermite du Périgord

Avec Augiéras, tant de poncifs menacent ! Anti-héros de la Gesta dei per sceleratos, Saint inverti d’une Légende dorée mal fagotée, anachorète d’un âge atomisé, fusée constellée du feu d’artifice de l’Enfer, scribe maudit de paroles foudroyées. Sacer esto !, disaient les Romains, les dieux t’ont frappé de leur langue de feu, tu es intouchable, ton crime dépasse les limites de l’humain et du droit ! Tel Rimbaud, ainsi François Augieras : mort sur [un] lit d’hôpital, à Périgueux, le 13 février 1971, à 46 ans, soûl de misère et de vapeurs d’encens, pathétique malade au cœur amputé.

François Augiéras : l’ermite du PérigordJ’aime sa tombe, un parterre nu, à même la glèbe, paré en son centre d’un cercle de cailloux entourant une touffe de fleurs racornies, lopin de terre scellé d’une stèle rompue à l’arête supérieure, avec une simple inscription, en lettres capitales, du ciseau maladroit, enfantin, de son ami Paul Placet : AUGI et dessous : ERA et encore dessous, comme une caresse : S. Sur le guide Michelin, à l’article Domme, bastide où il tenta, dans une solitude presque absolue, d’abriter sa vie usée, aucune mention de la sépulture. On dit qu’il avait été question, un temps, de supprimer cette dernière. Pour faire de la place. Sort ironique pour celui qui n’en eut jamais de son vivant… On la cherche, on longe des caveaux familiaux (familles, je vous hais !), on a du mal à la trouver, elle est là, enfin, en lisière du cimetière, ombre naufragée sur la grève cimmérienne. En bas, c’est la Dordogne à la longue mémoire, aux eaux noires. Derrière le muret de pierres sèches bordant le jardin du promontoire, on se prend à voir avec les mêmes yeux du chaman qui se perdait dans ses rêves solaires. Où se trouve la grotte dans laquelle il se recueillait durant de longs jours et de longues nuits ? Et, revenant au bourg, tournant résolument le dos au triste hospice, penché sur la barrière du belvédère, on suit des yeux la lente courbe des eaux, ondulant comme une longue et sentencieuse couleuvre, le ventre plein de songes, au sein de cette « terre d’enchantement que les poètes ont jalonné », ce « lieu saint », « l’approximation la plus voisine du Paradis » (1).

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