Jan 15

François Augiéras, un barbare en Occident

Un barbare en OccidentUn barbare en Occident

Paul Placet est le témoin par excellence de la vie d’Augiéras, pour lequel il éprouve une véritable fascination. Il va le suivre et l’accompagner avec une passion étrange pendant vingt-trois ans. De 1948 à sa mort en 1971, il ne se passera pas de mois sans qu’une rencontre ou un échange de correspondance n’ait lieu entre les deux hommes. Témoin au mariage et au divorce d’Augiéras, Paul Placet effectuera avec lui trois voyages, au Mali, en Espagne, au mont Athos ; il visitera «l’oncle» à El Goléa, et il sera l’une des trois personnes qui suivront son cercueil, de la morgue de Périgueux au cimetière de Domme où il est enterré. Depuis la mort de son ami, il n’a de cesse de faire connaître son oeuvre et son génie. François Augiéras, un barbare en Occident est donc plus qu’une biographie. C’est l’histoire d’une aventure intellectuelle et d’une passion – et elle reste le point de départ indispensable à toute connaissance d’Augiéras. – Présentation de l’éditeur – Edition La Différence.
(date de publication : 12 janvier 2006)

France Culture

Déc 28

François Augiéras, un essai d’occupation. 26′. 16mm. 1998.

 

François Augiéras

Augiéras, un essai d’occupation

Regarder la VIDEO, Ajoutée le 7 oct. 2012

Quarante années sont passées depuis que l’écrivain François Augiéras nous laissait, avec pour dernière adresse une poignée de livres qui contribueront à modifier le destin de quelques-uns d’entre nous. Ce film, tourné en 16mm, ressuscite, avec une maladresse touchante, l’univers panthéiste d’Augiéras.

Oct 15

Pour une approche sommaire du Panthéon d’Augiéras

Un point de départ arbitraire mais significatif, Salonique, juillet 1963. Le moment est privilégié, installé dans une plénitude de moyens, un instant de stabilité qui sera bref. Juillard vient de publier L’Apprenti Sorcier. La Galerie Gérard Mourgues présente une centaine « d’Icônes Modernes », boulevard Raspail. La contrainte du mariage dégage plus de temps qui peut être réservé à la création. L’homme a la conviction de maîtriser, enfin, un style en peinture. Et, curieusement, ce troisième livre échappe à la ligne des deux premiers, s’éloignant de « l’essai « , il est ouvrage de littérature, comme une sorte de pause pour une écriture parallèle. Augiéras se mettant en récréation dans un exercice de style, il en avait conscience, et cela, d’ailleurs, lui donnait du plaisir, un intérêt curieux.

Donc Augiéras achète, sur un marché grec, une casquette qui le séduit immédiatement par ses origines peu douteuses, par l’immédiate provocation qui vient d’elle,  épave ou surplus d’une armée en déroute. Cependant, si on se balade et fanfaronne avec ce couvre-chef dans les basses rues du port, en abordant les lieux d’histoire, pentes de l’Acropole ou Musée d’Athènes, la casquette triomphante est mise au repos, prise dans la ceinture. Une exigence adaptée, pour le corps et l’esprit, selon la qualité du lieu. Lucidité pour une allégeance, les valeurs ne se mélangent pas. On ne joue pas … toujours

ISIS, LES DIEUX CALMES

Et, pour mieux s’approprier cette coiffure, on lui accroche une petite effigie d’Isis, en cuivre, assez précieusement ciselée.

D’où vient cette amulette ?

De la rue Lamartine, au 8, à Périgueux. Primitivement, elle servait de pendeloque à une Gypsi d’albâtre qui trônait sur un socle dans l’entrée de la tante. Rituellement, chaque jour, à midi, elle était embrassée en même temps que le neveu posait sur sa tête son bonnet de cuir, avant de passer à table … quand il habitait la ville. Un jour, elle fut dépouillée de son ornement.

Augiéras aurait préféré, sans doute, que ce fût un Osiris, sans doute, quoique… cette fille remarquablement racée, amoureuse et dévorée de passion pour son époux, cette partenaire puissante, pleine d’originalité ; sœur, femme, mère, génisse coiffée de cornes splendides, en voilà assez pour souhaiter l’avoir à soi, pour satisfaire un fort besoin d’être avec ces dieux calmes qui règnent sur l’univers solaire et ténébreux du Nil.

Participer corps et âme à leur mythologie.

 

OSIRIS, LE VOYAGE DES MORTS

Augiéras l’a interrogé sous la forme de cette statuette présentée dans les vitrines du Louvre. Remarquable dans son  aspect d’apparition. La double couronne sur la tête, légèrement penchée, avec crosse et fouet, mais ce qui fascine dans le faciès négroïde : les yeux hallucinés, tellement étranges, ils se vrillent dans l’âme en regard.

Ceux d’un Voyant. Dans un Ordre qui nous échappe. Pour plus et mieux qu’un simple esprit qui serait de Justice. Ces mêmes yeux ouvrent à un autre univers.

Moscophore. Le Compagnon d’Eternité.

Une impression à peu près semblable venait de l’examen des statues archaïques grecques, et plus précisément celle de Moscophore, au musée de l’Acropole, celui-là, jeune homme très beau, tout rayonnant et chargé d’un veau, la perle du testicule posée sur son épaule – initié ? Certainement pas, mais tant de fraîcheur ruisselle de lui ! En faire un compagnon d’éternité.

 

TEZCATLIPOCA, L’UNIVERS TENEBREUX

Pour d’autres raisons, plus obscures, souterraines, Augiéras invoquait aussi ce dieu mexicain figuré sur un pectoral. Tezcatlipoca, qui préside à la guerre, son rictus est terrible, les dents comme autant de crocs pour un piège – Mâche-Fer. Besoin de se faire peur, d’entrouvrir sur l’univers ténébreux ? De cette représentation viendront peut-être les dentelures en triangles alternés rouge et noir qui cernent comme une gueule quelques petits icônes. Protection, enfermement, mort pour une renaissance ? De même, est-ce l’Egypte qui aurait inspiré ces figures symboliques revenant avec une belle fréquence dans les compositions réalisées autour de 1962-64 : l’oiseau rapace, planant au-dessus des personnages de la scène, noir, doré ou blanc ? De quelle scène mythologique est tiré le garçon dressé au-dessus du lit de fer, avec son fouet ou la faucille, quel rôle lui est confié, peseur d’âmes, justicier … ? Le jeu est complexe mais très élaboré.

 

OCEANIE, LE FETICHE POLYNESIEN

Dans une autre direction, l’Océanie. Que de temps mis à interroger ce fétiche polynésien, (les brisures de tabac conservées dans la pliure de la page en attestent, de même que l’auréole laissée par le bol de café posé là ), une parure d’écorce peinte de paille, mais ce sont surtout les yeux qui accrochent, figurés par une grosse perle posée au milieu d’une coquille de nacre, des yeux pédonculés, vivants d’une vie d’ailleurs, souterraine, marine, extra-lucide.

 

SUMER, LES YEUX AVIDES

Ce même principe d’yeux comme projetés hors des orbites, on le trouve dans les statues sumériennes pour les petites effigies des civilisations de l’Egée, mais également chez Picasso … Augiéras s’en est inspiré quand il peignait ses garçons de ferme, vers 1946-48, au temps de « Noces avec l’Occident ». L’un d’entre eux n’a pas été perdu, ayant été donné à l’époque à Marcel Loth. Une tête lunaire, lancée en avant, qui serait ivre ou sevrée de sensations inconnues, des lèvres gorgées comme un fruit mûr, les yeux surtout, ahuris, exorbités pour tâter le monde, quasi aveugles à la terre et marchant vers une autre lumière. La macrophoto de têtes d’insectes donne parfois cette impression en nous révélant tout un système de protubérances qui hésitent, palpent. Egalement les ocelles, chacun œil rudimentaire mais qui, justaxposés, deviennent une optique rare qui multiplie en l’éclatant une image simple. Et, si ce kaléïdoscope s’approchait mieux d’une traduction de la vie intense ? Nous sommes là en présence d’un autre regard. Augiéras, assurément, a voulu appréhender l’univers qui se cache. Avec lui, l’anticipation se frôle. Avec ses dernières démarches, sur les falaises de Domme en 1970, avec son dernier livre, il a voulu cela.

 

NYMPHES, LES BRUMES D’HYPERBOREE

La liste des interrogations-vénérations ne serait pas complète, si ne figuraient aussi quelques unes des petites divinités des eaux. Aller au Nord  pour les rencontrer, Germanie, Suède, le monde flou des Nibelungen. Augiéras pouvait être aussi fasciné par les brumes, les eaux noires, la  vasque claire d’une source. Dans son éveil religieux passaient aussi ces corps fluides de nymphes. N’avait-il pas peint en 1959, une icône réservée ? Pour le faire naître par magie, l’Etre que ses sens appelaient ! L’œuvre existe : noyée dans des vert froids, une femme-enfant s’éveille. Combien de fois n’a-t-il pas revendiqué pour seule épouse … la Vézère ! Elle qui était consultée, qui apaisait les peurs, à qui l’on sacrifiait. A vingt an, à quarante an, et pleinement lucide.

 

POUR COMPLETER LE DIPTYPQUE

Quand à Meyrals, en hiver 1965, le cœur fatigué, l’esprit bourré de solitude noire, il appelait son double,  cet Abdallah peint des années auparavant, et qui l’avait accompagné, qui logeait dans une alcôve de chaux blanche : « viens à moi, j’ai besoin de toi ». Le silence autour hanté soudain d’une voix amie. Au seuil du prosaïque, le merveilleux apparu. Augiéras a vécu cet état de prière, homme de foi, de spiritualité. Sa vie ne fut pas une errance au sens ordinaire, mais une marche dirigée. Par lui, c’est certain. Par d’autres, la réponse est en suspens.

Laissons-lui le soin de conclure avec une lettre qui ne fut pas envoyée, mais probablement destinée à Pierre Charles Nivière en 1970. Un fragment en a été retrouvé quinze ans après la mort, dans le grenier de l’hospice, au cours d’une visite mémoire (pour vivifier cette lecture, il faudrait l’accompagner de percussions violentes, des galets frappés à l’extérieur, en lieu clos, une corde d’acier tendue sur une caisse de résonnance et sollicitée rythmiquement, la voix gronde, venue du tréfonds.

« J’ai vécu seul sur un îlot rocheux, dans une haie sauvage de Pathmos, seul dans le silence et la méditation, immobile des jours entiers … l’esprit débarrassé de toute impureté, de toute pensée profane. L’esprit clair comme un miroir face à l’Univers Divin, éternelle manifestation de l’Energie Primordiale ! Seul, environné d’eau bleue ! »

La « Planète d’Egypte » ne suffit plus à contenir

La foi dans la résurrection échappe à la Terre.

F.A, frappe à la porte de l’Aventure Absolue.

Paul Placet, Sarlat, jeudi 15 mai 1997.

Oct 02

Augiéras 68 de José Correa

Ce livre a obtenu le prix de l’aide à l’édition de l’Institut Eugène Le Roy, ville de Périgueux.

 Chez AkibooksAugiéras 68 de José Correa

68… En mai, on avait déjà fait un bout de chemin ensemble.

 

Première rencontre en Mars. Je venais de la rue et lui d’un monde inconnu. Rien ne m’étonnait. Passé les frontières de la rue, tout était permis. Penser que ce presque clochard, presque vieillard était un grand écrivain publié chez, Minuit, Flammarion, Bourgois.

Je ne connaissais aucun écrivain d’aucune maison d’édition.

José Correa.

 

Après  » Augiéras, le maître des Fougères  » (aux Editions La Lauze), ce livre est un peu la suite des souvenirs de José Correa, sur la complicité qui le lia à cet homme, écrivain et peintre de renom.

 

Sep 09

La falaise aux étoiles

association-litteraire-francois-augieras.jpgIX – LA FALAISE AUX ETOILES, par Kenwag

Dans la nuit close comme une gemme, les falaises dominent la Vézère, ruines d’une forteresse vieille d’un million d’années.

A leurs pieds, la rivière noire roule des flots de lave lisse.

Leurs vagues accrochent des cristaux de lune.

Sur l’une d’elles, deux hommes.

Habillés comme des coureurs des bois, avec des vêtements de toile solide, d’aspect militaire, coiffés de casquettes de soldat enluminées de Signes, chaussés de bottes de coureurs des bois.

Immobiles

Depuis des heures.

Depuis le moment où François est remonté du rivage, nu, couvert d’une hermine rutilante de gouttelettes d’eau.

Ils regardent les Etoiles Froides.

Rêvant d’autres Etres, là-haut, en train de les observer.

Deux hommes jeunes, le sang animé du feu de la Poésie.

Deux amis.

Paul écoute François parler.

François lui raconte ses Autres Vies.

Ses Milles Destins.

La Roue des Réincarnations.

Dans la perspective de ces visions, la mort apparaît comme un simple passage.

Le silence suite les dernières paroles de François.

Il y a le murmure de la rivière, très loin, trente mètres plus bas.

Au milieu des rouleaux, des pierres éboulées laissent apercevoir comme une pomme d’épée.

Le vent dans les frondaisons.

Un oiseau de nuit.

La Nature leur parle.

Ils écoutent les rochers raconter une Mémoire Mille Fois Millénaire.

Ils sentent en eux le frisson infini des ténèbres.

Celui de la Belle Peur aux Portes des Mystères.

D’avoir évoqué le Grand Cycle Eternel a ramené en eux l’énigme de la fin de la vie, de cette existence où l’Amitié les unit comme un seul Etre.

La perspective immense de cet inévitable passage les envoûte.

Alors, François regarde Paul.

Dans les ténèbres, leurs yeux accrochent la clarté pallide de la lune.

Il pose sa main sur son épaule.

Puis il lui murmure :

« Je reviendrai …

L’Ame ne s’éloigne pas …

Pas tout de suite …

La vie coule …

Infiniment … »

Infiniment …

Note

Je me suis servi, pour écrire cet article, de sources diverses, un entretien avec Paul Placet, la lecture de son beau livre ‘Un barbare en Occident’, aux Editions Pierre Fanlac… De rêves, aussi … Je l’ai surtitré « première approche » : en effet, c’est une vision, j’en conviens, très personnelle de François Augiéras. Pour décrire la vie de cet écrivain protéiforme, il faudrait écrire une sorte de poly biographie quasi-romane

François Augiéras : première approche, Les Aventures de l’Hermès Androgyne, Kenwag

Juil 30

Augiéras : adagio funèbre

VIII : L’HERMES ANDROGYNE

Hermès Androgyne compliqué d’Etre Solaire. François Augiéras menait une vie tantôt apollinienne, tantôt dionysiaque, elle lui a permis de connaître des instants privilégiés de communion absolue avec l’Univers. Ces secondes d’illumination existaient en-dehors de toute préoccupation artistique, elles n’entraînaient pas toujours la création de peintures, de poèmes, d’écrits.

La véritable œuvre d’art de François Augiéras en fait, ce fut sa vie.

Sous cet angle, il l’a réussie.

Même si le dernier acte a été un adagio funèbre.

Vers le bout de son existence aventureuse, Augiéras s’était mis en quête, d’une manière assez floue, d’un petit travail, pompiste, livreur, gardien de site, une sorte de viatique, pour s’assurer le minimum vital.

Il pressentait la venue des jours noirs.

La trajectoire finale de François a été très dure. La maladie le minait. Il a perdu sa dernière maison, à la mort de sa mère, en 1960. Cette double perte devait le plonger dans un avenir rempli de plus encore d’incertitudes. Puis son mariage a été un échec. L’état androgyne ouvre la voie de nouvelles perceptions, certes, cependant, en l’absence d’une discipline de fer, il entraîne une grande maladresse sociale. Augiéras, hélas, n’avait pas le cynisme froid d’un Montherlant envers la femme sous son aspect matrimonial. François cherchait sans doute l’autre facette féminine, si rare à découvrir dans le Réel, celle de ces Divinités Païennes de la mythologie celte, surgies des eaux, les seins gonflés, les lèvres turgescentes, la vulve béante, déjà moite, pour charmer les guerriers, les enflammer d’amour, de désir, de jouissance …

Toute sa vie, François a essayé de retrouver des demeures où exister. Plusieurs personnes, souvent âgées, l’ont accueilli chez elles. Il n’y restait pas longtemps. L’accueil était chaleureux, le temps d’une semaine, puis le charme s’évanouissait, il y avait une impossibilité totale de cohabiter. Augiéras, comme beaucoup de Visionnaires, était un être Possédé, habité d’une sorte de Démon intérieur. Le troisième aspect de son mental prenait trop souvent le dessus rendant son commerce avec les humains ordinaires insupportables.

Avec les autres aussi d’ailleurs …

Sans travail, sans domicile fixe, sans relations, il lui restait l’asile. La fin de sa vie a été tragique, une tragédie de solitude. Il était ignoré du public malgré de nombreux articles dans la presse. En plus, il avait une maladie cardiaque. Il a fréquenté, des années durant, les hospices du Périgord. C’était des lieux terribles, dans les années 70, ils tenaient de la cour des miracles …

Libéré de sa prison de chair, François Augiéras a rejoint le Mystère du Grand Cycle le lundi 13 décembre 1971.

 In Visionnaires du temps présent, ed. L’Originel

Juil 13

L’ultime icône de François Augiéras.

VII – L’ULTIME ICONE

De même, l’observation du personnage d’Augiéras pose le problème de Narcisse. Il semble parfois fasciné par son propre reflet au point de s’hypnotiser. Difficile de répondre. Le jeu de François était, semble-t-il, perçu par ses amis comme un Narcissisme Ouvert. A travers ses fascinations, Augiéras essayait toujours de recréer son univers personnel, de lui donner chair.

Un jour, Paul Placet, en voyage à El Goléa, avait trouvé le sosie de François dans une maison de thé. Il le lui avait raconté. Ces simples mots avaient emballé l’imagination du Poète : il s’était persuadé de l’existence d’un de ses Doubles à El Goléa.

Ce thème du Doppelgänger l’émerveillait. Partant de cette matière première imaginaire, il recréait un Univers d’Elus en s’incluant à eux. Ce n’était pas une auto-contemplation de sa propre beauté, une auto-célébration de son talent. Au contraire.

Il voulait construire sa légende pour l’inclure au corpus de toutes les autres légendes. Il voulait proposer son image aux Hommes.

Pas comme un exemple à imiter, un dieu à adorer, une vedette de cinéma à admirer.

Non.

Comme une icône à vivre, s’identifier à elle, l’incarner pour pouvoir vivre à son tour dans la Légende.

A travers sa vie, au fond, il cherchait à transcender la banalité des nôtres.

Doué de multiples talents, François Augiéras jouissait d’une grande beauté physique, irradiant une sorte de charme envoûtant. De fait, les êtres vivant dans son orbe étaient pris par sa force d’attraction. Satellites de cette Etoile, ils participaient de son histoire légendaire. « Je n’ai pas voulu écrire sa biographie, avoue d’ailleurs Paul Placet au sujet de François Augiéras, Un barbare en occident, j’ai essayé de perpétuer sa Légende. J’ai connu Augiéras dans les années 50, nous étions très jeunes. J’ai tenté de recréer une émotion vieille de quarante ans. Je me rappelle, un jour, nous étions devant la gare de Sarlat. François téléphonait à une amie possédant un château où il avait passé plusieurs jours. Il voulait la séduire, en parole, cependant son effort de séduction dépassait cette seule personne, il s’adressait aussi aux amis présents, à Boyé, à moi… Augiéras a parlé dix minutes. Alors, nous avons eu un seul désir : nous mettre à genoux pour adorer cet homme … »

Des années plus tard, Paul Placet, en écrivant ce livre étrange, touffu, lyrique, a réalisé ce désir, d’une manière symbolique : il a peint, dans ses pages, avec la palette des mots, avec toute la force d’une amitié jamais éteinte, l’Ultime Icône de François Augiéras.

Vibrante.

Lumineuse.

 

Kenwag, Publié dans Revue L’Originel N°8, Visionnaires du temps présent.

Juil 04

La trace des rêves

VI – LA TRACE DES REVES

Comme beaucoup de Quêteurs, Augiéras avait soulevé le Voile du Temple d’Eleusis, il avait plongé ses Mains Adolescentes dans une riche provende de Mythes. De retour au réel, il a cherché, comme tant d’autres avant lui, la Trace de ses Rêves sur les berges de sa Réalité.

Dans le magnifique « Orphée » de Jean Cocteau, Jean Marais, personnage proche de François Augiéras par bien des côtés, passe de l’autre côté du Miroir à l’aide de Gants Magiques. Revenu de ce voyage, la vie lui semble banale, pétrie d’ennui, seul l’amour pourra transcender cette malédiction humanoïde. « Il fallait les remettre dans leur eau sale » dit Maria Casarès, à la fin, en regardant Orphée, dans les bras d’Eurydice retrouvée.

Le sublime est rare de ce côté-ci de la Réalité.

Il n’empêche : une Force incline l’Homme Avide de Beauté à la chercher, malgré tout, à en quêter les scories.

A chasser ces bribes de brumes d’un monde aux limbes nimbés d’irréel.

Comme Augiéras, les Quêteurs ne veulent pas étreindre de vagues fumées. Ils désirent le Tangible, une Vraie Vie vécue pour de Vrai. Le théâtre d’Ombre doit être un simple appât pour montrer la Bonne Voie.

Dans le cas d’Augiéras, il est difficile, c’est vrai, de trancher. Ebloui, peut-être par la puissance de ses Premières Révélations, sans véritable Maître pour le guider, il paraît s’être égaré. De même, la Beauté de ses Visions lui rendait à coup sûr la règle sociale insupportable. Son champ des possibles, avec le temps s’est retrouvé restreint. Il pouvait y faire peu de choix. Il a opté pour une Voie Tragique pour ne pas avoir à plier à la règle commune.

Il vivait sa Destinée d’une manière trop littérale pour les règlements policés des carrières littéraires. Chaque livre était un engagement total, immédiat. Il ne songeait jamais au suivant. Il en ignorait tout avant d’en avoir écrit les premières lignes. Conception trop idéaliste pour la machine éditoriale.

Il ne faut pas oublier une donnée importante du problème : la société est sans pitié, elle cherche à se reproduire, conforme à elle-même, ses effets de champ rejettent les particules errantes, à la charge non-orthodoxe.

Juin 17

Chercher la Route, souvent, est un Voyage Solitaire.

François AugiérasV- LE THEATRE D’OMBRES

La destinée de François Augiéras est complexe. Les Normes l’ont tissée avec une certaine cruauté, en enchevêtrant les fils de sa Trame. Personnage paradoxal, il était pétri de contradictions, comme tout être brûlant du Désir d’être Porteur de Lumière : avancer dans les ténèbres, en tenant un flambeau amène à trébucher.

Chercher la Route, souvent, est un Voyage Solitaire.

Le Quêteur avance, silencieux dans la nuit ténébreuse, au cœur des marais noyés de brumes, vers l’Enigme : elle recule à son approche, se dérobe à ses mains, l’entraîne parfois dans des sables mouvants. Si nulle aide ne vient à son secours, si nul Guide ne vient diriger ses pas, si nul Nautonier ne propose sa barque pour franchir la mauvaise passe, le Voyageur peut s’égarer. Alors, les autres, les Normaux, restés sur la rive, à l’abri, la bouche pleine d’excuses à leur lâcheté, rient. « L’Albatros », de Baudelaire, est lumineux à ce propos.

La vie de François Augiéras semble avoir été la poursuite d’un Théâtre d’Ombres. Il avait eu une Révélation, à un moment de sa jeunesse, il avait été fasciné – d’une manière soit réelle, soit symbolique, je ne sais – par des Formes Extraordinaires, des Etres Légendaires exhalés par la Littérature, l’Art, la Mythologie. Il a pétri sa vie en essayant de poursuivre ces Visions. Il s’est cogné à la Réalité dans sa Quête.

Comme un papillon prisonnier d’un bocal de verre posé dans un parterre de fleurs.

Pour moi, Augiéras a voulu ignorer de toutes ses forces, une donnée pénible de l’existence : si elle peut être un Grand Jeu, le plus souvent elle est juste un Jeu de Rôle social, un parcours banal dans un labyrinthe de quotidiennetés semé de chausse-trappes. Pour survivre, il faut, fidèle à la stratégie d’Odin, devenir Grimmir, Le Masqué, avancer à pas comptés, utiliser la ruse. Appréhender les données immédiates du réel pour les accommoder.

Augiéras avait compris cela, il n’a pas voulu plier à cet ordre trivial imposé du dehors. Il était épris de réalités : par-dessus tout, il aimait les falaises, il était capable de rester des heures en méditation sur une roche. La vallée de la Vézère, riche d’un relief puissant, avait persuadé Augiéras de l’existence d’une vie cachée contenue au plus secret de la matière. Ses fascinations allaient au-delà des apparences. Pour lui, les Ombres avaient une Vie, une Forme de Réalité.

Sa mythologie n’était pas une illusion, elle prolongeait sa vie.

Kenwag, in Visionnaires du Temps présent, Ed. L’Originel.

Juin 03

François Augiéras, ne pas ressembler aux normaux

                                     Ses livres étaient des signes, au bord du chemin, les cailloux du Petit Poucet, ils étaient une sorte de pointillé discontinu : sa Route leur a donné un sens, elle était un continuum.

François n’a jamais été riche avec sa plume  A l’époque de Une Adolescence au temps du Maréchal, il avait reçu l’équivalent de 4000 anciens francs. Il est resté à Paris deux jours pour faire des signatures. Le troisième jour, tournant le dos à ce monde faisandé, il s’est embarqué pour Salonique : « O morts, vieux capitaine, levons l’ancre, ce pays nous ennuie … » aurait chanté Baudelaire … Il avait de l’argent en poche, Paris lui pesait, il voulait poursuivre son aventure, jouer l’Homme Toujours Absent …

 

  1. I.                     LE FILIGRANE DU DESTIN

Cet homme Etrange, au fil des pages du livre de Paul Placet, François Augiéras, Un Barbare en Occident, se révèle avec la lenteur d’un cliché photographique en tain de « monter » à la surface du papier plongé dans le bain de révélateur, sous la lumière rouge inactinique.

Derrière l’image nette de son réel, apparaît en plus du filigrane de son destin, l’image virtuelle de sa destinée tragique. En cela, il ressemble à certains héros du Romantisme Allemand, déchirés entre des passions contradictoires, sans pouvoir les harmoniser à la recherche d’une impossible Rédemption.

En Périgord, il trouve le repos de l’âme, cependant, lors de ses équipées en pleine nature, sur les rives de la Vézère, il dit : « Je vois cette falaise comme un rivage … ».

Debout sur la rive, le dos appuyé aux terres, le regard porté vers l’horizon, l’homme sent le Ressac de l’infini. Ce gouffre l’aspire, le remplit du désir de partir.

Augiéras avait une conscience cosmique. Il avait compris l’essentiel : le Chant du Monde vient battre à ses pieds, comme un Océan Gigantesque. Le champ de Force de l’Univers Primordial houle la surface du tissu Etendue-Durée autour de lui.

A la moindre occasion, il abandonne la relative protection de tantes fortunées, – elles lui permettent de survivre -, pour fuir vers la Méditerranée.

Après l’Afrique du Nord, c’est la Grèce, à la poursuite de la technique des icônes, la découverte du Mont Athos, ses décors puissants, les moindres hallucinés de ses monastères météoriques. Derrière les pratiques orientales de l’église orthodoxe, il cherche à gratter le vernis monothéiste du Christianisme Primitif pour réinventer la véritable image de la Grèce Païenne, de la Grèce Archaïque.

Mêlant l’Ange au Démon, François erre en quête de Maisons Closes.

Là, cet éternel adolescent, écrivant ses manuscrits sur de petits cahiers d’écolier, vient chercher une famille, une cellule pastorale, vivant en lieu-clos dans une ambiance de sensualité extrême, dans un climat qualifié par lui de « bestial », au sens noble du terme.

Féeries, artifices, fées nues couvertes de bijoux sous des voiles diaphanes, musiques aphrodisiaques aux rythmes onaniques, thé à la menthe mettant les sens en feu, danses à faire bander un mort ; voilà le Venusberg d’Augiéras , nouveau Tannhäuser, dénué du désir de sauver son âme de l’Enfer. Il restera toujours sensible au raffinement artificiel des bordels, comme d’ailleurs bien d’autres Vagabonds, comme Kerouac par exemple …

Ainsi, l’Homme Nu n’est jamais là où nous l’attendons, il fuit toujours vers le pôle opposé à celui où il se trouvait l’instant d’avant, particule errante entre cathode, anode, doté d’une charge en perpétuel changement, tantôt positive, tantôt négative.

Une destinée quantique …

Pulsive, sa vie hésite toujours entre l’Apollinien, le Dionysiaque, parfois Barbare Sensuel, parfois Esthète Métaphysique.

Augiéras rêvait d’une vie d’ermite solitaire, dans les bois, dans les grottes, sur une montagne, dans une forteresse. Il a essayé vingt fois de vivre de cette manière-là. Au troisième jour, affolé par la solitude, il avait une seule envie : courir vers la civilisation.

Ne pouvait-il pas supporter la réalité de ses fantasmes ?

Sans doute.

Ah, Dieux, je n’en suis pas sûr : là est le prix à payer pour participer au Grand Jeu. Comme un nageur fendant les vagues d’un crawl parfait, il faut parfois sortir la tête de l’eau pour respirer.

Le Réel est le pire ennemi.

Il est aussi la seule assise pour fonder des Rêves Réalisés

La seule Alternative à une Contemplation Abstraite.

Cette dernière ne pouvait plaire à François, être Sensuel au sens le plus fort du terme.

Peut-être, avec le temps, Augiéras aurait-il pu trouver la Bonne Equation de la Courbe du Réel. Cela n’a pas été. Les Forces du Conformisme, l’homéostasie du Champ Social, tout cela ne permet pas la facile déviance.

Riche de ses paradoxes, l’Homme marchant dans la Marge a au moins une satisfaction : ne pas ressembler aux Normaux.

Kenwag, in Visionnaires du Temps présent, Ed. L’Originel.

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