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Juil 13

L’ultime icône de François Augiéras.

VII – L’ULTIME ICONE

De même, l’observation du personnage d’Augiéras pose le problème de Narcisse. Il semble parfois fasciné par son propre reflet au point de s’hypnotiser. Difficile de répondre. Le jeu de François était, semble-t-il, perçu par ses amis comme un Narcissisme Ouvert. A travers ses fascinations, Augiéras essayait toujours de recréer son univers personnel, de lui donner chair.

Un jour, Paul Placet, en voyage à El Goléa, avait trouvé le sosie de François dans une maison de thé. Il le lui avait raconté. Ces simples mots avaient emballé l’imagination du Poète : il s’était persuadé de l’existence d’un de ses Doubles à El Goléa.

Ce thème du Doppelgänger l’émerveillait. Partant de cette matière première imaginaire, il recréait un Univers d’Elus en s’incluant à eux. Ce n’était pas une auto-contemplation de sa propre beauté, une auto-célébration de son talent. Au contraire.

Il voulait construire sa légende pour l’inclure au corpus de toutes les autres légendes. Il voulait proposer son image aux Hommes.

Pas comme un exemple à imiter, un dieu à adorer, une vedette de cinéma à admirer.

Non.

Comme une icône à vivre, s’identifier à elle, l’incarner pour pouvoir vivre à son tour dans la Légende.

A travers sa vie, au fond, il cherchait à transcender la banalité des nôtres.

Doué de multiples talents, François Augiéras jouissait d’une grande beauté physique, irradiant une sorte de charme envoûtant. De fait, les êtres vivant dans son orbe étaient pris par sa force d’attraction. Satellites de cette Etoile, ils participaient de son histoire légendaire. « Je n’ai pas voulu écrire sa biographie, avoue d’ailleurs Paul Placet au sujet de François Augiéras, Un barbare en occident, j’ai essayé de perpétuer sa Légende. J’ai connu Augiéras dans les années 50, nous étions très jeunes. J’ai tenté de recréer une émotion vieille de quarante ans. Je me rappelle, un jour, nous étions devant la gare de Sarlat. François téléphonait à une amie possédant un château où il avait passé plusieurs jours. Il voulait la séduire, en parole, cependant son effort de séduction dépassait cette seule personne, il s’adressait aussi aux amis présents, à Boyé, à moi… Augiéras a parlé dix minutes. Alors, nous avons eu un seul désir : nous mettre à genoux pour adorer cet homme … »

Des années plus tard, Paul Placet, en écrivant ce livre étrange, touffu, lyrique, a réalisé ce désir, d’une manière symbolique : il a peint, dans ses pages, avec la palette des mots, avec toute la force d’une amitié jamais éteinte, l’Ultime Icône de François Augiéras.

Vibrante.

Lumineuse.

 

Kenwag, Publié dans Revue L’Originel N°8, Visionnaires du temps présent.