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Déc 09

François Augiéras, une porte sur l’Absolu

Publié par Loïc Di Stefano 26/07/2012
A l’occasion de la parution de François Augiéras, le dernier primitif, rencontre avec Serge Sanchez, auteur de cette remarquable biographie.

François Augiéras

Biographie

— François Augiéras est un auteur qu’on redécouvre tous les dix ans. Mais jusqu’à présent il n’y avait pas de biographie « grand public » et pas grand chose en dehors de rares travaux universitaires. Pensez-vous que votre François Augiéras, le dernier primitif va changer cela ?

Serge Sanchez. Il ne faut pas oublier de saluer les efforts de Jean Chalon et Paul Placet. C’est grâce à eux que la mémoire d’Augiéras a été conservée jusqu’ici. Il faut en particulier rendre hommage au livre de Paul Placet, François Augiéras, Un barbare en occident, aujourd’hui réédité par La Différence.
Je n’aime pas le terme « grand public » accolé à mon livre. Il n’y a que deux sortes de livres, les bons et les mauvais. Stevenson, Balzac, Giono, Dickens… Des auteurs « grand public », en effet. On pourrait en citer mille. Les écrivains importants ont ceci de commun qu’ils peuvent être lus par tout le monde. Cela dit, et en toute modestie, je pense en effet que mon livre a permis de faire mieux connaître François Augiéras. Mes efforts ont été relayés par mon éditeur, Manuel Carcassonne, chez Grasset, qui a fait preuve d’une compétence et d’un enthousiasme sans faille pour éditer ce livre. Le résultat, c’est qu’Augiéras est sorti du ghetto, qu’il est délivré de l’étiquette d’auteur maudit comme le montrent les nombreux articles parus dans la presse ainsi que la présence du Dernier Primitif dans la sélection de printemps du Prix Renaudot, catégorie essais. C’était le principal but visé.

— Par « grand public » j’entendais « pas universitaire ». Et même si elle trouve son lectorat mérité, l’œuvre d’Augiéras reste difficile d’accès, par son exigence même. En cela, très loin au dessus des Marc Lévy et consorts, il n’est pas un auteur « grand public ». D’ailleurs, et c’est un vieux débat, certains textes de Balzac (Louis Lambert par exemple, et les romans inspirés par Swedenborg) sont très difficiles d’accès… En ce sens, il faut rapprocher François Augiéras de Victor Segalen, lequel, même s’il a une université à son nom et un « passé » d’auteur au programme universitaire, reste largement méconnu en dehors des fervents.

Serge Sanchez. Je vous laisse la responsabilité de ces remarques. Je ne connais pas Marc Lévy. Je ne trouve pas Balzac si difficile, en revanche ce que vous dites de Segalen me semble juste. En tout état de cause, je pense que l’accès à la pensée demande toujours un effort et que la qualité du lecteur joue autant que celle de l’écrivain, quel que soit le texte.

— Votre biographie ne fait pas référence aux précédents travaux sur Augiéras. Pourquoi ce choix du silence ?

Serge Sanchez. Il me semble avoir cité toutes mes sources. Les travaux intéressants ont été mentionnés scrupuleusement, que ce soit les écrits de Paul Placet ou les articles publiés à l’Île Verte ou au Temps qu’il fait.

— Sauf erreur de ma part et sans vouloir chercher la petite bête, vous ne mentionnez pas les travaux comme le François Augiéras, l’apprenti sorcier de Philippe Berthier (Champ Vallon, 1992) ou l’essai plus suggestif de Joël Vernet François Augiéras : L’aventurier radical (Jean-Michel Place, 2004) On ne peut pas tout lire, certes, mais Augiéras n’est pas Sartre et la bibliographie est succincte… Ces travaux ne sont pas intéressants ?

Serge Sanchez. Ces travaux sont intéressants et sensibles. Je les ai lus, mais ne m’y suis pas référé dans le cadre de la biographie, qui n’est pas une analyse mais le récit d’une vie. Voilà pourquoi je ne les ai pas mentionnés. Cela dit, j’en recommande la lecture qui peut donner un éclairage intéressant sur l’œuvre.

— Vous parliez de Paul Placet, l’ami et co-auteur de la Chasse fantastique. Dans quelle mesure Augiéras avait-il besoin de cette fidélité magnifique pour porter son œuvre ?

Serge Sanchez. Augiéras vivait très isolé, mais il avait aussi besoin de contacts. Paul Placet se montra pour lui l’ami idéal. Après sa disparition, il a organisé des expositions importantes de ses peintures, manuscrit, etc. Il a travaillé inlassablement à faire connaître son œuvre. Signalons l’exposition Augiéras qui se tient à Cahors du 15 juin à fin juillet. C’est encore grâce à lui.

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Propos recueillis par Loïc Di Stefano