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Juin 17

Chercher la Route, souvent, est un Voyage Solitaire.

François AugiérasV- LE THEATRE D’OMBRES

La destinée de François Augiéras est complexe. Les Normes l’ont tissée avec une certaine cruauté, en enchevêtrant les fils de sa Trame. Personnage paradoxal, il était pétri de contradictions, comme tout être brûlant du Désir d’être Porteur de Lumière : avancer dans les ténèbres, en tenant un flambeau amène à trébucher.

Chercher la Route, souvent, est un Voyage Solitaire.

Le Quêteur avance, silencieux dans la nuit ténébreuse, au cœur des marais noyés de brumes, vers l’Enigme : elle recule à son approche, se dérobe à ses mains, l’entraîne parfois dans des sables mouvants. Si nulle aide ne vient à son secours, si nul Guide ne vient diriger ses pas, si nul Nautonier ne propose sa barque pour franchir la mauvaise passe, le Voyageur peut s’égarer. Alors, les autres, les Normaux, restés sur la rive, à l’abri, la bouche pleine d’excuses à leur lâcheté, rient. « L’Albatros », de Baudelaire, est lumineux à ce propos.

La vie de François Augiéras semble avoir été la poursuite d’un Théâtre d’Ombres. Il avait eu une Révélation, à un moment de sa jeunesse, il avait été fasciné – d’une manière soit réelle, soit symbolique, je ne sais – par des Formes Extraordinaires, des Etres Légendaires exhalés par la Littérature, l’Art, la Mythologie. Il a pétri sa vie en essayant de poursuivre ces Visions. Il s’est cogné à la Réalité dans sa Quête.

Comme un papillon prisonnier d’un bocal de verre posé dans un parterre de fleurs.

Pour moi, Augiéras a voulu ignorer de toutes ses forces, une donnée pénible de l’existence : si elle peut être un Grand Jeu, le plus souvent elle est juste un Jeu de Rôle social, un parcours banal dans un labyrinthe de quotidiennetés semé de chausse-trappes. Pour survivre, il faut, fidèle à la stratégie d’Odin, devenir Grimmir, Le Masqué, avancer à pas comptés, utiliser la ruse. Appréhender les données immédiates du réel pour les accommoder.

Augiéras avait compris cela, il n’a pas voulu plier à cet ordre trivial imposé du dehors. Il était épris de réalités : par-dessus tout, il aimait les falaises, il était capable de rester des heures en méditation sur une roche. La vallée de la Vézère, riche d’un relief puissant, avait persuadé Augiéras de l’existence d’une vie cachée contenue au plus secret de la matière. Ses fascinations allaient au-delà des apparences. Pour lui, les Ombres avaient une Vie, une Forme de Réalité.

Sa mythologie n’était pas une illusion, elle prolongeait sa vie.

Kenwag, in Visionnaires du Temps présent, Ed. L’Originel.