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Juil 30

Augiéras : adagio funèbre

VIII : L’HERMES ANDROGYNE

Hermès Androgyne compliqué d’Etre Solaire. François Augiéras menait une vie tantôt apollinienne, tantôt dionysiaque, elle lui a permis de connaître des instants privilégiés de communion absolue avec l’Univers. Ces secondes d’illumination existaient en-dehors de toute préoccupation artistique, elles n’entraînaient pas toujours la création de peintures, de poèmes, d’écrits.

La véritable œuvre d’art de François Augiéras en fait, ce fut sa vie.

Sous cet angle, il l’a réussie.

Même si le dernier acte a été un adagio funèbre.

Vers le bout de son existence aventureuse, Augiéras s’était mis en quête, d’une manière assez floue, d’un petit travail, pompiste, livreur, gardien de site, une sorte de viatique, pour s’assurer le minimum vital.

Il pressentait la venue des jours noirs.

La trajectoire finale de François a été très dure. La maladie le minait. Il a perdu sa dernière maison, à la mort de sa mère, en 1960. Cette double perte devait le plonger dans un avenir rempli de plus encore d’incertitudes. Puis son mariage a été un échec. L’état androgyne ouvre la voie de nouvelles perceptions, certes, cependant, en l’absence d’une discipline de fer, il entraîne une grande maladresse sociale. Augiéras, hélas, n’avait pas le cynisme froid d’un Montherlant envers la femme sous son aspect matrimonial. François cherchait sans doute l’autre facette féminine, si rare à découvrir dans le Réel, celle de ces Divinités Païennes de la mythologie celte, surgies des eaux, les seins gonflés, les lèvres turgescentes, la vulve béante, déjà moite, pour charmer les guerriers, les enflammer d’amour, de désir, de jouissance …

Toute sa vie, François a essayé de retrouver des demeures où exister. Plusieurs personnes, souvent âgées, l’ont accueilli chez elles. Il n’y restait pas longtemps. L’accueil était chaleureux, le temps d’une semaine, puis le charme s’évanouissait, il y avait une impossibilité totale de cohabiter. Augiéras, comme beaucoup de Visionnaires, était un être Possédé, habité d’une sorte de Démon intérieur. Le troisième aspect de son mental prenait trop souvent le dessus rendant son commerce avec les humains ordinaires insupportables.

Avec les autres aussi d’ailleurs …

Sans travail, sans domicile fixe, sans relations, il lui restait l’asile. La fin de sa vie a été tragique, une tragédie de solitude. Il était ignoré du public malgré de nombreux articles dans la presse. En plus, il avait une maladie cardiaque. Il a fréquenté, des années durant, les hospices du Périgord. C’était des lieux terribles, dans les années 70, ils tenaient de la cour des miracles …

Libéré de sa prison de chair, François Augiéras a rejoint le Mystère du Grand Cycle le lundi 13 décembre 1971.

 In Visionnaires du temps présent, ed. L’Originel